Ariège : les abattoirs du Couserans dans la tourmente

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Frappé depuis plusieurs années par le manque de rentabilité, le centre d’abattage du Couserans est en crise, une crise connue son apogée il y a quelques jours avec la grève de la faim d’un salarié et le licenciement de sa directrice. Le point.

Des comptes dans le rouge, une directrice en conflit avec certains usagers, un salarié en grève de la faim, un grossiste pour un nouveau directeur bénévole : le centre d’abattage du Couserans est en crise, une crise qui a connu une conclusion provisoire le 15 juin dernier avec le départ de sa directrice, Laëtitia Brunet.
L’histoire commence il y a trois ans, lorsque cette dernière est embauchée avec pour mission de remettre l’établissement à flot financièrement. « Il y avait un déficit de 150 000 euros sur un budget d’environ 800 000 euros, se souvient Laëtitia Brunet. Le problème, c’est qu’en étudiant les prix, je me suis rendu compte que les tarifs pratiqués n’étaient pas bons. » L’abattage des bovins est ainsi facturé 0,19 euro le kilo, alors que le coût de revient pour l’abattoir est de 0,24 euro le kilo, soit une perte de 21 % pour l’entreprise.

Premiers conflits

C’est alors que les difficultés apparaissent. Constitué depuis 2011 en SCIC (société coopérative d’intérêt collectif), l’abattoir est géré par cinq collèges réunissant élus de la communauté de communes Couserans-Pyrénées, qui est propriétaire des lieux, les salariés, les éleveurs, les bouchers et les grossistes . Ces derniers voient sans plaisir se profiler une augmentation des tarifs qui rogneraient leurs marges. L’un d’eux tout particulièrement, selon Laëtitia Brunet : Patrick Garcia, directeur général de la SAS Les Fils de Fort Basile qui, avec un volume de 950 tonnes de viande sur les 2 000 tonnes que traite annuellement l’abattoir, représente près de la moitié de l’activité de ce dernier.
« Il s’est mis en colère et m’a accusé d’être incompétent, assure l’ancienne directrice. Le conseil d’administration m’a malgré tout donné raison, on a augmenté les tarifs et M.Garcia, qui n’était pas d’accord, est parti à l’abattoir de Boulogne-sur-Gesse pendant trois mois. » Résultat : un trou supplémentaire de 30 000 euros.
« C’est vrai que ça a été compliqué avec M.Garcia, confirme Alain Metge, maire de La Bastide-de-Sérou et vice-président de la communauté de communes en charge de l’abattoir. Mais Mme Brunet n’a pas vu qu’il ne suffisait pas d’augmenter les tarifs, il fallait aussi faire des économies, ce qui n’a pas été fait. » L’intéressée assure le contraire, rappelant que le nombre de salariés de l’entreprise est passé de 15 à 11 depuis son arrivée, obligeant l’abattoir à faire appel à des prestataires pour le contrôle de qualité et la maintenance.
« Du coup, on m’annonce qu’on voulait diminuer mon salaire, qui était celui de l’ancien directeur et qui avait été fixé par M.Garcia, poursuit Laëtitia Brunet, puis qu’il fallait me licencier pour que l’abattoir continue de tourner, ça diminue la masse salariale et on n’augmente pas la charge des grossistes. Et tout ça pendant que j’avais le Covid… »

Une direction, oui, mais bénévole

« Il faut se souvenir qu’à la création de la SCIC, quatre élus ont géré bénévolement l’abattoir, qui tournait sans directeur, rappelle pour sa part Alain Matge. En 2016, ils s’en étaient fatigués, le volume était remonté à 2 000 tonnes, le bilan financier était en petit excédent, on s’est dit qu’on allait tenter le coup et créer un poste de directeur. Mais ça allait coûter cher, c’était un pari. »
La décision de licencier Laëtitia Brunet est prise à son retour de congé maladie, en avril dernier. Un salarié, Pascal Castagna, tente alors de privilégier une grève pour soutenir la directrice, sans succès. Le 13 mai, il se lance dans une grève de la faim qui durera 28 jours (lire ci-dessous). Le licenciement est finalement abandonné au profit d’une rupture conventionnelle et Patrick Garcia prend la tête de l’abattoir, bénévolement.
« On ne peut pas se payer un directeur pour le moment, explique Alain Metge. On a demandé un prêt garanti par l’État, mais c’est pour éponger le déficit de fonctionnement et nous devons le rembourser en cinq ans. Nous avons quand même réussi à reconstituer une équipe d’abatteurs et la communauté de communes remet environ 400 000 euros d’investissements cette année, mais la sous-préfecture nous demande de trouver quelqu’un pour la maintenance et un qualiticien. »

Un conflit d’intérêts ?

N’y a-t-il pas un risque de conflit d’intérêts à nommer pour le directeur du client principal de l’abattoir, alors que les pertes tournent encore autour de 85 000 euros ? « C’est vrai que M.Garcia représente presque la moitié de l’activité, mais nous avons encore augmenté les tarifs le 1er avril et c’est lui qui a accepté la plus grosse augmentation, tient à souligner Alain Metge. Je pense même que ce sera mieux, il ne pourra pas être reproché à la direction de mal dépenser l’argent. Et il faudra sans doute qu’il accepte une autre petite hausse. »
« Je l’ai vécu très violemment, on ne m’a pas donné la chance de réussir », estime aujourd’hui Laëtitia Brunet. Patrick Garcia, lui, va devoir composer avec une équation délicate : un abattoir qui a atteint ses limites de capacité mais qui, en concurrence avec ceux de Pamiers et de Saint-Gaudens, ne pourra pas augmenter indéfiniment ses tarifs.

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