Energies renouvelables : la filière française tire la sonnette d’alarme

L’effet ciseaux. Voilà ce que, alarmés, les développeurs de champs éoliens ou solaires qui, lauréats d’appel d’offres de l’État, ont obtenu des tarifs d’achat d’électricité fixes désormais beaucoup trop éloignés de leurs coûts de production.

« Dans le solaire, la hausse des prix de l’acier, du béton, du génie civil, a fait bondir les capex de 25 à 30 %. Le même phénomène est à l’œuvre dans l’éolien, de telle sorte que les équations économiques de certains projets ne tiennent plus », alerte Alexandre Roesch, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Des projets reportés

Conséquence : des parcs de production de plusieurs milliers de mégawatts d’électricité renouvelable, prêts à être intégrés, sont aujourd’hui remisés. Dans le solaire, la filière estime à « près de 2 gigawatts (GW) » le volume de projets concernés. Dans le biométhane pas moins de 5 TWh de nouvelles capacités de production seraient aussi « en péril compte tenu du contexte inflationniste », estime dans un communiqué publié ce mercredi, le Syndicat des énergies renouvelables (SER).

« L’accélération nécessaire à une transition énergétique réussie doit avoir lieu d’ici 2025. Or si rien n’est fait rapidement, ces trois années critiques pourraient débuter par un trou d’air majeur », met en garde le syndicat professionnel.

C’est d’autant plus dommageable que la production d’électricité est chaque jour plus menacée pour l’hiver prochain. Outre les difficultés d’EDF à faire tourner ses centrales nucléaires, la France doit aujourd’hui faire face à des livraisons en gaz de Gazprom très réduites.

Mobilisé sur le sujet, le gouvernement d’Elisabeth Borne a promis aux acteurs du secteur une loi d’accélération et planchait avant les élections législatives sur des mesures réglementaires d’urgence, beaucoup plus rapides à mettre en oeuvre.

Selon nos informations, une solution inédite a été mise sur la table : ouvrir l’accès au marché du gros de l’électricité, pour quelques mois, aux développeurs d’énergies renouvelables pris en étau. Ceci afin de leur permettre de reconstituer leurs marges avant qu’ils n’activent leur contrat de vente d’électricité avec l’Etat. « C’est le scénario central sur lequel on travaille », indiquait, avant les élections législatives, une source proche du gouvernement.

Des mesures d’urgence en suspens

Pour les développeurs, cette solution promet la perspective d’un renflouement quasi-immédiat puisque les marchés de l’électricité évoluent à des niveaux records, entre 250 et 450 le mégawattheure (MWh) en France, contre environ 80 euros le MWh pour les contrats d’achat noué avec l’Etat.

Cette solution présente aussi l’avantage de ne pas mobiliser d’argent public. « Ce genre de mesure ne coûte rien à personne et permet d’inciter les développeurs à construire très vite », plaide cette même source au sein des pouvoirs publics.

Le paramétrage est toutefois très délicat. « Il faut veiller à maintenir les taux de rendement des projets à des niveaux raisonnables tout en s’assurant que les développeurs restent bien incités à entrer dans les contrats d’achat de l’État », concède une autre source. Au niveau de prix actuel, les énergies renouvelables doivent rapporter plusieurs milliards d’euros par an dans les caisses de l’État et ce dernier veut surtout éviter de venir tarir ce flux avec une mesure qui serait mal calibrée.

Nécessaire stabilité

Cette solution ne fait en outre pas consensus dans la filière renouvelable. D’abord parce qu’elle ne règle pas tous les cas problématiques. « La vente d’électricité sur le marché est difficilement applicable pour les petits projets, une PME qui solarise son toit aura du mal à accéder au marché de l’électricité », pointe Alexandre Roesch.

« Les investisseurs et les banques préfèrent de la stabilité. Or, cette solution d’accès temporaire au marché crée de nouvelles d’incertitudes », pointe par ailleurs un acteur de l’éolien. Il plaide plutôt pour introduire un coefficient d’indexation des prix du MWh dans les appels d’offres de l’Etat – qui entraînerait alors l’évolution des prix des matières premières, du BTP ou encore de l’inflation​.

Les élections battent les cartes

Sur ce sujet le gouvernement se montrait déjà, avant les élections législatives, réticent. Car compte tenu de la dynamique d’inflation, une telle mesure pourrait avoir un impact budgétaire pour les finances publiques.

Les résultats des élections législatives prévoient de ne rien arranger, bien au contraire. Compte tenu de la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale et la poussée des courants anti-éolien à droite, la filière craint même que l’idée de laisser les développeurs vendre leur électricité temporairement sur le marché ne tarde encore davantage à se matérialiser.

« Ces mesures d’urgence doivent être adoptées avant l’été, non pas pour accélérer le développement des énergies renouvelables mais pour éviter un coup de frein », plaide encore Alexandre Roesch.

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