Formation accélérée, débauchages chez Zemmour… Comment le RN s’organise après son succès inattendu

Marine Le Pen et les députés RN le 22 juin 2022 à l'Assemblée nationale - Alain JOCARD / AFP

Marine Le Pen et les députés RN le 22 juin 2022 à l’Assemblée nationale – Alain JOCARD / AFP

Personne n’attendait vraiment une telle percée, pas même au sein du Rassemblement national. La performances inattendues du parti, qui a réussi à faire élire 89 députés à l’issue des élections législatives, pourrait bien mettre en surchauffe un mouvement qui n’avait jamais autant pesé dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale. Mais Marine Le Pen n’a rien laissé transparaître des difficultés qui s’annoncent lors de l’arrivée des députés RN au Palais-Bourbon ce mercredi matin.

“On va abattre un travail de grande importance avec beaucoup de sérieux”, a lancé l’ancien candidat à la présidentielle, avant de rejoindre tout sourire les députés élus pour une photo de classe sur les marches de l’Assemblée.

Des députés scrutés de près

Le plus dur commence pourtant pour le RN : parvenir à faire vivre un groupe parlementaire très important, inédit pour l’extrême droite sous la Ve République. À l’exception de deux ans, entre 1986 et 1988, où le Front national de Jean-Marie Le Pen avait compté entre 32 et 35 députés, le RN n’a siégé qu’au compte-goutte à l’Assemblée nationale, parmi les non-inscrits, avec 2 parlementaires entre 2012 et 2017 (Marion Maréchal et Gilbert Collard) puis 8 entre 2017 et 2022.

“Promis, on ne fera pas le même spectacle que LaREM il y a 5 ans”, assure Gilles Pennelle, le délégué général des fédérations du RN qui a notamment validée une à une tous les candidatures aux législatives de son parti.

Comprendre : pas de question de multiplier les couacs dans les prochaines semaines, contrairement à certains députés macronistes lors de leurs premiers pas en 2017.

“On a bien filtré, bien ‘screené tous les profils'”, assure-t-il : tous les candidats ont vu leur existence numérique scrutée avant d’être investi pour éviter de se retrouver avec des candidats – et a fortiori des députés – dont les propositions sur les réseaux sociaux pourraient poser problème, comme cela a été le cas en 2017.

Des profils sulfureux restent néanmoins dans les rangs, à l’image de Frederic Boccaletti: tout juste élu député du Var, ce proche de Jean-Marie Le Pen a été condamné dans les années 2000 à un an de prison dont six mois ferme “pour violence en réunion avec armes” et ancien patron d’une librairie d’extrême droite.

Des habitués des médias… et beaucoup de néophytes

Au RN, on préfère vanter de nouveaux visages qui vont “apprendre très vite”: plusieurs cadres citent la députée de Gironde, Edwige Diazqui en seulement 24 heures, a fait le tour de nombreux plateaux de télévision ou encore Laurent Jacobelli et Julien Odoul, habitués de longue date aux médias.

Mais à côté de ces profils qui ont fait leurs classes dans les exécutifs de conseils régionaux, on trouve également des néophytes de la politique comme Jorys Bovet, âgé de seulement 24 ans. Ce chauffeur-livreur, élu dans l’Allier, a pris sa carte au RN en 2020. En tout, comme lui, une vingtaine de néo-députés n’a jamais eu de mandat local.

De quoi pousser le parti à faire de la formation accélérée. Tous les élus seront réunis autour de Marine Le Pen et des cadres du parti ce jeudi pour apprendre comment fonctionne la mécanique parlementaire.

“On s’est aussi assuré de faire passer des messages basiques pour notre entrée : costume-cravate pour les hommes, veste pour les femmes. On n’a jamais l’air trop sérieux”, assure un membre de son entourage.

Des nouveaux très “encadrés”

L’heure ne sera peut-être pas à l’autonomie politique. Au menu des prochaines semaines : du “médiatraining” et des formations pratiques “pour savoir faire des propositions de loi et savoir critiquer les textes du gouvernement”, explique encore Thibaut de la Tocnaye, conseiller économique auprès de Marine Le Pen et dirigeant de l’ un des instituts de formations pour les élus RN.

“On va bien encadrer aussi tous les députés en demande par ceux qui connaissent bien la maison, déjà élus en 2017, comme Bruno Bilde ou Sébastien Chenu”, reconnaît également le vice-président du parti David Rachline.

Pour s’assurer que ce “parrainage” entre les habitués du Palais-Bourbon et les nouveaux fonctionne bien, son principe a été acté au bureau national.

Des dizaines de collaborateurs à recruteur

Autre sujet chaud sur la table : le recrutement des collaborateurs auprès des députés tout comme au groupe.

“Il faut qu’on en trouve entre 300 et 350… C’est vraiment beaucoup”, lâche un député nouvellement élu, inquiet de l’ampleur de la tâche qui s’annonce.

“On reçoit tous beaucoup de CV en ce moment”, rit de son Gilles Penelle. “Nos boîtes mail explosent.” Les difficultés qu’a eu le parti à trouver de bons collaborateurs au Parlement européen en 2014 quand il avait fait élire 24 députés demeuraient dans les mémoires.

“Il faut qu’on trouve des gens bosseurs, à la tête bien faite, aux bons réflexes, capables de guider leur député dans les arcanes de l’Assemblée. Ce n’est vraiment pas évident. Localement, ça va aller parce qu’ on a toujours des militants avec qui on a fait campagne qui sont partants. À Paris, je ne sais pas trop”, reconnaît une députée.

Génération Z à la rescousse ?

Parmi les profils dans lesquels le RN pourrait faire son marché, on trouve notamment des jeunes de… Génération Z, le mouvement des jeunes avec Éric Zemmour. De quoi étonner, après que Marine Le Pen et l’ancien éditorialiste se sont affrontés pendant toute la campagne présidentielle et qu’elle a refusé toute alliance avec Reconquête aux législatives.

“Ça fait mal au cœur de le dire mais auprès de Zemmour, les jeunes sont plus diplômés, souvent avec des diplômes en droit ou des études à Sciences Po. Et souvent, ils sont plus aguerris aux réseaux sociaux”, reconnaît un ancien du RN qui a depuis pris ses distances.

Preuve que le vivier des zemmouristes séduits : la démarche est assumée publiquement. “On regarde tous les CV et peu importe les horizons politiques du passé. Si on a des personnes qui veulent faire un bout de chemin avec nous, on saura s’accorder”, reconnaît ainsi David Rachline. Pour le RN, la professionnalisation à l’Assemblée nationale passe aussi par le pardon.

Article original publié sur BFMTV.com

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