« Jungle rouge », la mort de Raul Reyes, chef des FARC en Colombie

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Raconter une séquence particulièrement importante dans la longue vie de la guérilla des Farc en Colombie, celle de la mort de son numéro deux Raul Reyes sur fond de négociations difficiles pour la libération d’otages, c’est le propos de ce long-métrage d ‘animation. Plongée dans l’enfer vert et rouge de la jungle, un film ambitieux et réussi découvert au festival Cinélatino de Toulouse et sélectionné au festival d’Annecy et au FIFDH de Genève.

Premières images du film, l’attaque d’un camp dans la jungle. Raul Reyes, numéro deux des Farc, fuit sous les tirs de roquettes. Vrombissements d’hélicoptères de combat, flashs de lumière, une scène de guerre. Nous sommes le 1er mars 2008, Raul Reyes est tué et sa mort » marque un tournant : la guérilla dépose les armes et signe des accords de paix en 2016. Mais cette reddition ne marque pas la fin de la lutte. Après cinquante ans de guerre civile, des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, la terre appartient toujours à une poignée de familles… »

Le cadre est posé et le film s’inscrit dans une boucle temporelle qui raconte les dernières années dans la jungle de Raul Reyes et de son groupe, sur un scénario intégré à partir des échanges de courriels retrouvés après sa mort dans l’ordinateur du numéro 2 des Farc. Des échanges notamment avec Manuel Marulanda, le numéro un et père de Gloria, la compagnie et ange gardien de Raul Reyes. « Une partie de cette documentation a été rendue publique dans un livre édité par l’institut international d’études en stratégie militaire de Londres. Et à partir de là, j’ai commencé à tirer des fils pour accéder à d’autres blocs d’e-mails qui étaient éparpillés entre l’Amérique latine et l’Europe », raconte le documentariste colombien Juan José Lozano qui a construit son film à la lisière de la réalité et de la fiction. « Raúl Reyes était un bureaucrate qui passait son temps à écrire et à faire des rapports. Nous y avons trouvé une abondante correspondance avec les autres commandants du Secrétariat des FARC, mais aussi des diplomates, des journalistes, des membres des partis communistes du monde entier, des marchands d’armes, des tueurs à gages, des narcotrafiquants et même des membres de sa famille. C’est le journal intime de la gestion quotidienne d’une guerre ».


Raul Reyes est un bureaucrate dogmatique, mais aussi un chef de guerre un peu mégalo qui se voit en rêve charger l’ennemi sabre au clair dans le costume d’apparat de Simon Bolivar, aux côtés de Marx et du Che Guevara. C’est encore un personnage romanesque, père et grand-père, un homme amoureux et emporté qui ne supporte pas la contradiction, coupé de la réalité du pays par des années de guérilla dans la jungle et des doutes parfois de ses troupes. Il est à la tête d’un petit groupe de combattants et certains personnages, notamment les femmes qui l’entourent, présentent une épaisseur réelle dans le film.

Des personnages interprétés par de vrais comédiens

La technique d’animation utilisée leur donne une réalité puisque ce sont de « vrais » comédiens qui ont joué ces rôles. Les visages racontent la peur, la douleur, les peurs – allant jusqu’aux désertions – qui les habitent parfois. Le film a d’abord été tourné en studio, avec les comédiens jouant sur un fond neutre, avant que Zoltán Horváth, le co-réalisateur suisse, entame pendant de longs mois avec son équipe l’habillage d’animation. Une animation qui rend la jungle de plus en plus oppressante, qui de « bien peignée » au début du film devient hostile, noyée sous des trombes d’eau, au fur et à mesure que le groupe se réduit sous les coups de boutoir et coups tordus de l’armée. Sur la palette graphique, les couleurs de boue dominante (brun, vert foncé… ) et racontent « l’envasement » au sens propre des guérilleros.

Raul Reyes menait alors des discussions, par négociateurs interposés, avec le gouvernement de l’époque d’Alvaro Uribe. On reconnaît le Suisse Jean-Pierre Gontard qui a prêté ses traits et sa voix à son personnage ; il est aussi question de la détention d’Ingrid Bétancourt et des images d’archives sont utilisées comme dans cette séquence incongrue où l’on voit les guérilleros se réjouir de la victoire de Nicolas Sarkozy en France parce qu’il avait annoncé qu’il aurait permis en sorte que la sénatrice franco-colombienne soit libérée .

On connaît la suite de l’histoire, du moins factuellement, mais le serpent de la mort n’a pas fini de roder dans la jungle et les campagnes colombiennes.

Jungle rouge de Juan José Lozano et Zoltán Horváth sort ce mercredi 22 juin sur les écrans en France.  Les personnages de Gloria et de Raul Reyes sont interprétés par les comédiens Alvaro Bayona et Vera Mercado.
Jungle rouge de Juan José Lozano et Zoltán Horváth sort ce mercredi 22 juin sur les écrans en France. Les personnages de Gloria et de Raul Reyes sont interprétés par les comédiens Alvaro Bayona et Vera Mercado. © www.new-story.eu

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