les femmes en recul “historique” à l’Assemblée nationale

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Non seulement les hommes continuent de dominer très largement l’hémicycle français, mais la partie des femmes députées a baissé à l’issue des législatives des 12 et 19 juin. En cause, des partis politiques qui ne respectent toujours pas la loi sur la parité et placent en priorité les hommes dans des circonscriptions gagnables. France 24 dresse un tableau des bons et des mauvais élèves.

L’Assemblée nationale élue dimanche 19 juin ne ressemble toujours pas à la France. L’hémicycle reste très largement dominé par les hommes avec seulement 215 députés femmes sur 577 députés, contre 224 en 2017. “Une baisse historique”, regrette la porte-parole d’Osez le féminisme, Fabienne El-Khoury. “Le nombre de femmes élues à l’Assemblée nationale diminue pour la première fois depuis des décennies de progrès.”

Et pour cause, les législatives de 2017 avaient marqué un record pour la représentation nationale française, par rapport à 2012, où seuls 155 sièges étaient occupés par des députés. La parité a donc reculé depuis la précédente législature avec seulement 37,26 % de femmes cette fois, contre 38,8 % il y a cinq ans.

Les femmes sont “sous-représentées” en politique alors qu’elles constituent 52 % de la population française et 52 % des inscrits sur les listes électorales, souligne Fabienne El-Khoury.

Un retard qui s’explique en partie par le non-respect de la loi sur la parité. Ce texte voté en 2000, avec une amende renforcée en 2014, pénalise les partis politiques qui ne respectent pas l’égalité dans le nombre des candidatures présentées. En vertu de cette loi, les dotations publiques de chaque parti, calculées sur la base du nombre de voix obtenues aux législatives, sont réduites à partir de 2 % d’écart à la parité. “La loi n’oblige pas, elle contrainte seulement”, relève Osez le féminisme. “Il y a donc des partis politiques qui préfèrent payer plutôt que d’avoir des femmes candidates.”

Le PCF et Les Républicains, moins bons élèves

Ainsi, à l’issue des législatives précédentes, six partis, dont Les Républicains (LR) et La France insoumise (LFI), avaient été frappés au portefeuille pour ne pas avoir présenté autant de femmes que d’hommes à l’Assemblée nationale. LR s’était vu prélever environ 1,8 million d’euros en 2018 sur ses dotations publiques pour n’avoir investi que 40 % de femmes en 2017.

Une amende record qui n’a pas servi de leçon au parti de droite, puisque cette année encore, Les Républicains n’ont présenté que 39 % de femmes. Pas donc étonnant, de ne voir que 29,03 % de députés LR pour cette nouvelle législature.

Mais en matière de parité, d’après nos calculs*, le Parti communiste français (PCF) est sans conteste le moins bon élève avec seulement 16,66 % d’élues, suivi de près par les centristes de l’UDI qui ne comptent que 20 % des députés.

Prize dans son ensemble, la Nupes présente 43,07 % de femmes élues, mais au sein de La France insoumise (LFI) – sanctionnée lors de la précédente législature avec environ 252 000 euros de pénalités – les femmes sont proportionnellement moins bien représentées au palais Bourbon, avec un score de 33,77 %, qui la place derrière le Rassemblement national (37,07 %).

Les femmes restent minoritaires à l'Assemblée nationale.
Les femmes restent minoritaires à l’Assemblée nationale. © Studio graphique France Médias Monde

Seul un parti français dispose davantage d’élues femmes que d’hommes. Il s’agit d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) avec ses 54 % de députés. Quant à la majorité présidentielle, son score reste honorable, mais pas encore paritaire avec 42,22 % pour Renaissance (ex-LREM) et 40,11 % pour le MoDem.

Des femmes freinées dans leur ascension politique

Pour Fabienne El-Khoury, la parité gagnerait du terrain si les partis jouaient le jeu en acceptant de présenter des femmes dans les circonscriptions gagnables, au sein elles ont tendance à placer des candidats masculins.

“Les hommes sont souvent plus connus des électeurs, et plus reconnus au sein même de leur parti avec un rapport de pouvoir en leur faveur”, analyse-t-elle, démontrent les nombreux freins “à combattre” pour l’ascension des femmes dans les partis politiques. “Les témoignages de harcèlement sexuel et sexiste au sein des partis et sur les réseaux sociaux sont encore trop nombreux. Les candidats en sont plus fréquemment victimes, sur Twitter notamment. Cela peut dissuader des femmes à se présenter.”

Des femmes à la tête des groupes parlementaires

Autre indice de la place des femmes en politique, plus on monte dans les fonctions exécutives des assemblées, moins il y a de femmes. “C’est toujours le même scénario, les hommes ont le monopole de la présidence des groupes parlementaires, seule une femme avait été nommée à ce poste sur les sept groupes politiques [de la précédente législature]. Et que dire de la présidence de l’Assemblée nationale”, regrette la militante d’Osez le féminisme.

Une revendication qui semble avoir été entendue par le parti Renaissance. Le parti présidentiel vient de désigner l’élue des Yvelines Aurore Bergé présidente des députés du groupe, et ce dès le premier tour d’un vote interne.

Ancienne présidente déléguée du groupe, elle succède ainsi à Christophe Castaner, qui a échoué dans les urnes dimanche, contre toute attente.

Avec AFP

*France 24 a procédé à plusieurs vérifications et a été intégré dans les rangs de LREM, LR, PS, LFI des élus étiquetés divers gauche / centre / droite par le ministère de l’intérieur.

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