Pylônes brûlés, fibre sectionnée : face au vandalisme, les « telcos » s’organisent

Antennes 5G brûlées au bidon d’essence, fibre sectionnée au sécateur, armoires de rue arrachées ou défoncées à coups de pied… Les actes de vandalisme se multiplient sur les réseaux des opérateurs télécoms, poussant la filière à s’organiser. Vidéosurveillance, détecteurs de mouvements, blindage des portes : rien n’est mis de côté.

Le problème n’est pas apparu nouveau, ni unique à la France ou à Paris – même si la petite couronne est de fait l’une des zones les plus touchées. Mais il gagne en intensité, avec des dégradations volontaires de plus en plus spectaculaires. Fin avril, l’attaque contre plusieurs câbles de fibre optique de SFR, hachés en pleine nuit alors qu’ils étaient pourtant enfouis dans le sol, a été un électrochoc pour le secteur. Pendant plusieurs heures, jusqu’au petit matin, des villes comme Grenoble ou Strasbourg, ont été privées d’Internet. « Ce qui était inédit, c’était l’ampleur et la coordination », se souvient Philippe Le Grand, président d’InfraNum, la fédération qui regroupe les industriels du secteur. L’enquête de la police judiciaire, aidée par le Renseignement intérieur, est toujours en cours.

Trente attaques par mois sur les réseaux fixes

Malgré son caractère spectaculaire, cette attaque est loin d’être un cas isolé. Entre novembre et avril, 30 dégradations volontaires ont été commises tous les mois sur des réseaux fixes, selon la Fédération française des télécoms. Le syndicat note même une accélération « depuis l’été 2021 ».

La fibre optique en aérien, lorsqu’elle passe par les poteaux électriques d’Enedis, est la plus exposée car plus facile d’atteinte. D’où le débat sur son enfouissement, un chantier prôné par InfraNum, mais qui coûterait 10 milliards d’euros et durerait dix ans. Les réseaux cuivre, eux, sont des cibles de longue date. Et pour cause : le cuivre vaut cher (9.000 dollars la tonne actuellement) et peut se revendre sur le marché secondaire.

Les réseaux mobiles sont aussi touchés, avec en moyenne 15 dégradations par mois. Ces attaques restent certes parsemées, dans un parc français qui compte plus de 60.000 sites 4G et plus de 34.000 sites 5G… Mais elles progressent, après un pic constaté lors du premier confinement.

A l’époque, les antennes avaient été des proies faciles, en plein débat sur les conséquences sanitaires et environnementales de la 5G. Toute l’Europe avait été touchée. 142 pylônes avaient été endommagés dans 10 pays européens, surtout au Royaume-Uni, selon la GSMA, l’association qui représente l’écosystème du mobile.

Caméras de surveillance

Face à ces attaques, les opérateurs s’organisent. Pas question pour eux de rester inactifs alors que les réseaux ont alimenté l’année dernière… 15 milliards d’euros d’investissement. Des détecteurs de mouvements ou d’éclairage automatique ont été installés au pied des pylônes, des câbles électriques ont été enfouis.

Dans les villes de Saint-Ouen et de Meaux, Orange teste des armoires de rues équipées de serrures connectées. Sur la cinquantaine d’équipements testés, le technicien d’intervention doit sortir son smartphone pour accéder aux fibres optiques et non une simple clé triangle. Selon l’opérateur, le nombre de signalements par les clients a été divisé par deux, sans compter que l’identification et la réparation en cas de dégradation sont plus rapides.

La filière expérimente aussi la vidéosurveillance… Difficile cependant d’installer une caméra par pylône, sachant qu’Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free ont tous entre 22.000 et 28.000 sites rien qu’en 4G.

Une « convention nationale » entre les opérateurs et le ministère de l’Intérieur a également été signée l’année dernière et déclinée dans 44 départements. Objectif, favoriser les échanges au niveau départemental entre la filière, la police, la gendarmerie et la préfecture. Les « telcos » plaident aussi pour un renforcement des peines. Aujourd’hui, les auteurs de vandalisme s’exposent à deux ans de prison et 30.000 euros d’amende en cas de dommage important – et même cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende quand il s’agit d’un bien public .

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