Quelle est l’exposition de votre commune aux pesticides ? – Libération

L’association Solagro publie ce mercredi une carte interactive permettant d’estimer l’utilisation moyenne des pesticides par commune et par culture.

Quelle est la fréquence des traitements phytosanitaires sur votre commune ? Au nord de la Gironde, à Étauliers, pratiquement aucun produit de synthèse n’est utilisé. A quelques kilomètres, dans la commune contiguë et viticole de Cartelègue, la pression des pesticides est à son niveau maximum. Pour la première fois, une carte interactive permet d’estimer l’intensité du recours aux pesticides à l’échelle communale et donc de mesurer la dépendance d’une ville ou d’un village aux pesticides. Mise au point par Solagro, entreprise associative spécialisée dans le conseil et l’ingénierie pour les transitions environnementales, et disponible sur une plateforme baptisée Adonis, du nom d’une plante qui pousse dans les champs de céréales, la cartographie a été rendue publique ce mercredi. L’objectif est de «porter à la connaissance de tous une estimation de l’usage des pesticides par commune» en France métropolitaine, explique Aurélien Chayre, agronome chez Solagro.

«Ce sont des données qui existent déjà, mais on s’est rendu compte qu’il n’est pas évident d’y accéder. On les met donc à disposition de tous», poursuit-il. Pour mettre leur carte au point, les agronomes ont utilisé l’indice de fréquence de traitement (IFT), un indicateur utilisé à l’échelle d’une exploitation agricole pour connaître le nombre de doses de pesticides appliqués par un agriculteur, rendu public à l’échelle régionale et par culture dans les enquêtes du ministère de l’Agriculture. Ces données sont ensuite croisées avec la répartition des cultures par commune, et le type de culture pratiquée (bio ou conventionnelle). On y voit donc, par commune, l’IFT total, l’IFT herbicides, l’IFT des produits de biocontrôle, la culture principale utilisée et les cultures les plus utilisées.

La pomme, la culture la plus traitée

Si Étauliers apparaît en vert clair sur la carte, ce qui veut dire que son recours aux produits phytosanitaires est minime, tandis que le village de Cartelègue est en rouge foncé (alors que les deux communes ont à peu près la même surface de terre agricole) , c’est parce qu’Etauliers compte en majorité des prairies, consacrés à l’élevage et qui ne bénéficient pratiquement pas de traitements. A côté, Cartelègue se consacre surtout à… la vigne. Une des cultures les plus perçues en France avec les pommes de terre, après les pommes. 24 % des terres agricoles d’Etauliers sont en bio, contre 17 % chez sa voisine.

Globalement, on remarque que les zones agricoles les plus spécialisées, comme l’Ile-de-France, le Nord, la vallée de la Garonne ou le couloir rhodanien sont celles qui ont le taux de recours aux pesticides le plus élevé. Sur ces territoires, « que ce soit en viticulture, en arboriculture fruitière ou en grandes cultures, on observe une pression phytosanitaire élevée du fait d’un assolement peu diversifié et de pratiques agricoles plus intensives », note Solagro. Les régions qui exploitent davantage les cultures les plus demandeuses en pesticides (les pommes, la pomme de terre et la vigne) vont naturellement figurer parmi celles dont la dépendance aux pesticides est la plus élevée. A l’inverse, les zones de montagnes et les marais côtiers apparaissent «très protégés par rapport à l’usage des pesticides»notamment voiture “les systèmes de polyculture élevage de ruminants [y] domine avec une forte présence de surfaces en herbe qui ne sont généralement pas perçues ».

Mesurer l’impact des pesticides

Selon Solagro, la carte pourra servir à la recherche et aux collectivités et décideurs publics, notamment pour mesurer les effets des pesticides sur la biodiversité, la ressource en eau, et la santé des riverains. « La carte des herbicides peut presque être superposée avec celle des résidus de pesticides dans les cours d’eau », pointe ainsi Nadine Lauverjat, déléguée générale de l’ONG Générations futures. Mesurer la dépendance d’une commune aux pesticides permet également de rappeler au consommateur l’importance du bio. «Il y a une grande confusion aujourd’hui entre le bio, et le zéro résidu de pesticides ou le local, alors que les pesticides ont des impacts sur le sol ou la biodiversité», insiste Christophe Barnouin, président d’Ecotone. L’entreprise alimentaire, qui possède notamment les marques Bjorg, Bonneterre ou Alter Eco, a cofinancé la plateforme Adonis.

Elle pourra également être utilisée par les agriculteurs, qui pourra comparer leur IFT avec le nombre moyen de traitements effectués dans leur commune. L’enjeu est alors économique puisque, rappelle l’association, les agriculteurs ont dépensé en 2020 2,9 milliards d’euros en achat de pesticides, l’équivalent de « 6,4 % des consommations intermédiaires, soit un montant légèrement inférieur à l’achat des engrais (3,4 milliards d’euros) ou des carburants (3,5 milliards d’euros) ».

Indice des pesticides arrêtés

Pour Nadine Lauverjat, « ce genre d’outils est indispensable puisqu’il va montrer aux riverains la fréquence des traitements à proximité de leur lieu de vie ». Même si Générations futures reconnaît que la France est plutôt en avance par rapport à ses voisins européens sur la publication des données relatives aux pesticides, elle regrette que « ce soit une entreprise privée qui a dû faire ce travail de récupération toutes ces données ».

Selon ses concepteurs, ce type d’outils de mesures est nécessaire afin de «mettre en place des politiques de réduction efficaces», alors que le plan Ecophyto – issu du Grenelle de l’Environnement et remanié plusieurs fois – prévoit désormais de réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2025. Bruxelles prévoit également la diminution du recours aux traitements phytosanitaires. La Commission européenne doit d’ailleurs présenter ce mercredi son nouveau règlement sur l’utilisation des pesticides dans le cadre du Pacte vert européen, qui prévoit de réduire de 50 % son utilisation d’ici 2030. Cela «devrait conduire à un verdissement progressif de cette carte», prédit Solagro, qui prévoit par ailleurs une mise à jour avec de nouvelles données statistiques, incluant notamment les départements d’Outre-mer.

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